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Le Potager | ![]() |
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Depuis quelques jours, je surveille attentivement les fraisiers car les fraises sont devenues grosses comme le pouce, elles commencent à rosir. Les rangs de fraisiers sont dégagés de leurs gourmands. Le fraisier a la particularité de se reproduire par bourgeonnement d’un nouveau pied qui prend racine au bout d’un gourmand. Les fraisiers de grand-mère ne produisent des fraises qu’une seule fois au début de l’été, ce ne sont pas des fraisiers des quatre saisons. Je me rappelle leur douce odeur sucrée qui persiste longtemps dans la maison. Ah ! Que les fraises, baignées dans un peu de vin et de sucre, constituent un excellent dessert. Tous les matins, nous faisons le tour du jardin, pour apprécier l’évolution des plants de poireau, des salades et des fraises. Le jardin de grand-mère ressemble à un damier où toutes les différentes nuances de couleur verte se côtoient en carrés peignés tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. Chacun a ses odeurs, chacun a ses couleurs. Quel enchantement pour les narines de passer de l’odeur acide et piquante du poireau à celle sucrée et tendre des petits pois, du persil subtilement amer aux fanes de carotte douce comme un fruit sucré. Les poireaux vert foncé alternent avec les petits pois vert tendre, le persil vert bouteille avec les fanes de carottes plus claires, les haricots verts avec les haricots mange-tout vert jaune, les fanes des pommes de terre vert sombre avec les oignons vert clair, le cerfeuil en bouquet vert brillant et l’oseille à grande feuille vernissées. Les haricots grimpants, sont déjà parés de leurs longues rames croisées à leur extrémité, elles sont plus hautes que moi. Les petits pois, plus jeunes et plus fragiles ne sont pas encore ornés de ces attributs. Grand-mère me précise qu’elle doit d’abord les buter. Je la regarde :
Elle cueille un haricot vert et me le tend :
J’hésite, son odeur ne me plaît pas, je préférerais une fraise, elle le prend et le mange.
La plut part des légumes de ce jardin finiront en conserve pour l’hiver. Cette proposition ne m’enchante guère, car elle signifie des après midi d’équeutage ou d’écossage, et, de nettoyage avant de mettre-le tout dans des bocaux. Puis ensuite, il faudra surveiller le feu, pendant deux ou trois heures, sous le stérilisateur. Les salades, les poireaux, les carottes ou les choux me sont plus sympathiques, ils restent en terre pendant l’hiver, pas besoin de les ramasser pour les mettre en conserve. Les pommes de terre sont plus délicates, quand leur fanes jaunissent, elles sont déterrées, séchées au soleil puis cachées au fond d’un cellier sombre pour ne pas qu’elles pourrissent ou qu’elles germent. Ce matin là, oh stupeur ! nous constatons que quelqu’un a perturbé le mûrissement des fraises. Des petits tas de fraises coupées, vertes, blanches, légèrement roses, non encore suffisamment mûries, sont alignés dans l’allée. Nous regardons, incrédules, le désastre, car il n’y a pas d’autres mots. Grand-mère fronce les sourcils, elle regarde autour d’elle pour essayer de comprendre qui a pu faire ça ? Je ne comprends pas, moi non plus. En tournant autour du carré de fraisiers nous découvrons d’autres petits tas, ils nous mènent vers le bout du jardin sous le sapin géant. Grand-mère scrute attentivement le sol, elle me fait penser aux indiens à la recherche d’indices de passage du gibier. Elle s’est mise à genoux et regarde dans la haie, Je remarque, moi aussi, une sorte de petit sentier tracé dans les aiguilles de sapin, il se dirige sous la haie. Avec un bâton elle soulève doucement les feuilles et là, tapi dans un nid d’aiguilles, entouré de feuilles séchées, un hérisson nous regarde en pointant son nez rose en l’air, il se met en boule aussitôt qu’il nous aperçoit. Doucement, elle tire le hérisson de son trou. C’est une boule d’épine impossible à attraper. Le chien, Loulou, frétille de la queue en le voyant, il essaie de le prendre dans sa gueule, il déchante rapidement en poussant un cri plaintif. Le hérisson a vraiment une parade simple et efficace. Sous l’aspect d’une brosse ronde se cachent de redoutables piquants.
Je me demande comment elle va transporter cette boule impossible à tenir dans les mains. Elle prend le seau du jardin, fait rouler la boule dedans, et le tour est joué. Nous partons aussitôt pour une expédition de déplacement d’individu indésirable sur le territoire du jardin. Le hérisson fait pour la centième fois le tour de sa prison, il tourne en rond, sans arrêt, je me dis qu’il doit bien comprendre que c’est sans issue, mais pas le moins du monde, il continue. Arrivés tout en haut du rang de pommier, nous libérons cet animal au nez rose et pointu. Il se sauve lentement, sans demander son reste.
Je le regarde courir au ras du sol, il se dirige tout de suite vers la haie, le tapis brosse très rugueux a disparu sous les feuilles.
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