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Loulou | ![]() |
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Grand-mère a un chien blanc avec la queue en panache comme les chiens de traîneau. Il est très vif et toujours prêt à jouer, grand-mère l’a entraîné pour garder les poules. C’est un véritable chien de berger pour les poules. Dès qu’elles vont dans les blés, au début de l’été, car ils ne sont pas encore moissonnés, il court après et les ramène à la maison dans un feu d’artifice de plumes et de caquètements cacophoniques. Mais parfois, sa vigilance est mise à mal, car les poules sont très rapides et toujours promptes à s’enfuir dès que la moindre porte est restée ouverte. En juin et juillet grand-mère tient les poules enfermées pour ne pas les retrouver systématiquement dans les blés. Car à l’approche des moissons, le blé commence à mûrir, les poules lâchées dedans commettent des dégâts en couchant les longues tiges frêles qu’il ne sera plus possible de moissonner. Loulou, le gardien de poules, est chargé de les surveiller et de les ramener à la raison si par hasard elles réussissent à s’échapper. Cet après midi là, il dort devant la porte de la maison, le nez sur les deux pattes de devant, la queue étalée à coté de lui. Coq et poules grattent par-ci par-là dans la cour sous son nez, de temps en temps une imprudente essaie de chaparder quelques restes dans sa gamelle. Un aboiement sec et un mouvement de tête suffisent à faire voler la volaille dans un battement d’ailes saccadé. Le coq, toujours prompte à intervenir pour défendre sa basse cour contre le chien, regarde la poule d’un œil réprobateur. Grand-mère et moi sommes dans le potager, la porte est bien fermée, pas de risque de le voir envahi par les chapardeurs à crêtes rouges et à plumes. Nous avons attaqué les poireaux pour les repiquer. Je suis chargé de couper les racines et les feuilles de chaque plant que grand-mère replante dans un nouveau carré fraîchement labouré. Elle a installé un cordeau pour que les plants soient bien alignés comme des bons soldats le jour du quatorze juillet. Un arrosoir la suit pas à pas et donne quelques gouttes à chaque nouveau plant repiqué. Nous en étions au cinquième rang quand un silence étrange s’est installé soudain dans la cour. Sur le moment, nous n’avons pas fait attention, puis, tellement habitué au bruit incessant des volailles, on a senti qu’il manquait quelque chose à la scène champêtre, le son avait disparu. En relevant la tête, nous apercevons Loulou toujours tranquillement installé devant la porte, mais plus une poule dans la cour. Ou sont-elles passées, dit grand-mère. Loulou, où sont les poules ? Le chien a bondi sur ses pattes et tout penaud regarde la cour vide. Il vit un cauchemar ou est-il bien réveillé. Il regarde à droite vers le poulailler, personne, et là, sans aucun signe annonciateur, il fonce vers le champ derrière la maison, il saute la barrière d’un bond fantastique, il court vers les blés qui ondulent sur la colline, là bas, près des vignes. Moins d’une minute après on commence à attendre la volaille prise sur le fait par le berger qui d’un coup de gueule attrape quelques plumes par-ci par-là. Les poules courent en désordre vers leur poulailler ou elles savent qu’elles seront à l’abri de cette tempête. Le grand coq semble donner du fil à retordre à Loulou, qui lui jappe après, nous ne voyons pas la scène cachée par les blés. Mais de temps en temps, le coq vole au-dessus du blé. Loulou aboie plus fort, le coq semble se défendre, on l’entend qui pousse des cris rauques. Soudain le coq apparaît au bord du champ de blé, Loulou est derrière, il lui attrape les dernières plumes de la queue, il les arrache d’un coup sec. Le coq rouge de colère, se retourne, outré et très choqué par une telle impudence. Loulou aboie après le coq qui se décide à rentrer, lui aussi au poulailler. Il n’a plus de plume à la queue. Il est outré dans sa dignité de coq, il marche lentement en narguant le chien, il avance droit et fier, le torse bombé, la crête rouge et bien droite comme un combattant émérite, mais il est ridicule sans ses plumes à la queue. Toutes les poules rigolent quand il rentre au poulailler, mais en deux minutes, il sait se faire respecter à nouveau, et, plus un bruit ne se fait entendre du côté de la volaille. Loulou, tout content de son action, réclame des caresses à sa maîtresse qui lui en donne en les accompagnant de quelques tapes sur le col et de compliments mérités. « Toi, le coq, tiens le toi pour dit, à l’automne tu passes à la casserole, » dit grand-mère. Loulou semble avoir compris, car il frétille de la queue et se lèche les babines en pensant à la carcasse qui finira dans sa gamelle. |