La pêche à l'anguille
     

Derrière la maison, il existe un bassin dans lequel des poissons et des anguilles ont été introduites. Un jour, un des cousins pêcheur est arrivé avec une énorme carpe. Je n’ai jamais vu de poisson d’eau douce aussi gros. Seule, la mer peut contenir des grands poissons, dis-je. - Une fois en Afrique, mon père a péché dans l’océan un énorme poisson, il l’a installé sur le toit de la voiture pour l’emmener au village. Il avait la tête qui dépassait derrière sur la vitre et la queue qui servait d’essuie glace devant. Dans les rivières et dans les étangs qui, malgré leur grand nombre en Charente, restent de taille modeste, je ne pensais pas qu’il soit possible qu’il y ait de gros poisson. La carpe est enroulée dans un journal, elle est encore vivante. Je dis à grand-mère : - on ne va pas la manger, on devrait la mettre dans la mare avec les autres poissons. Elle approuve mon idée tout de suite, j’en suis tout surpris. J’apprendrais plus tard qu’elle n’aimait pas beaucoup le poisson. La carpe est mise dans la mare avec un grand fracas d’éclaboussures dès qu’elle s’est sentie dans son élément. Malgré sa taille elle disparaît immédiatement car l’eau trouble de la mare qui est en permanence brassée par les anguilles et les poissons, elle n’est jamais claire. Moi qui pensais, qu’enfin je pourrais voir un poisson, rien à faire. Une grosse pierre est installée au milieu de la mare, il est rare qu’on l’aperçoive. Elle sert de refuge aux anguilles et aux poissons. Je cours chercher des croûtons de pain pour voir si la carpe vient les manger. A peine ai-je lancé quelques petits morceaux que les petits poissons se précipitent dessus. Ils frétillent autour des morceaux de pain qui sont trop gros pour eux. Au bout de cinq minutes, le pain est complètement imbibé, les petits poissons commencent à déchirer les morceaux restant. Soudain, une bouche énorme, surgit du fond, avale tout, le pain et les autres poissons. Je reste la bouche ouverte en voyant le spectacle. Tu as vu, dis-je à grand-mère, elle a tout mangé, même les poissons. Je ne suis pas sûre, répond-elle, qu’elle a vraiment avalé les autres poissons, elle les a certainement recrachés, les carpes ne sont pas comme les brochets, elles ne mangent pas les autres poissons. Pourtant quelques jours après, en recommençant l’expérience des morceaux de pain, plus aucun petit poisson n’est apparu. Voyant cela, grand-mère nous autorise à pêcher la carpe. Alain et moi nous nous installons au bord de la mare avec des cannes à pêche de fortune que nous avons confectionnées avec les moyens du bord. Nous avons été choisir au bord de la rivière deux tiges de bambou sauvage, auxquelles nous avons attaché du fil de coton blanc que nous avons trouvé dans l’antique machine singer de grand-mère. Un bouchon de bouteille de vin sert de flotteur, un petit clou recourbé d’hameçon. Dans le jardin nous trouvons les vers qu’il nous faut. L’appât planté au bout du clou, je lance le tout dans l’eau et j’attends. Le bouchon flotte tranquillement sur la mare dont la surface est redevenue complètement lisse. Alain a du mal à accrocher un ver à son hameçon. Je commence à l’aider, quand soudain, mon bouchon disparaît d’un coup en plongeant comme une flèche. Ça mord dis-je en riant. Je tire sur la canne tellement fort que j’envoie en l’air ma prise qui s’est décrochée et tombe à coté de moi dans l’herbe du pré. C’est une anguille, elle se sauve en glissant comme un serpent. J’essaie de l’attraper, mais elle est tellement visqueuse que je n’arrive pas à la saisir. Alain me crie : - attrape la vite, elle retourne dans l’eau. - C’est impossible, dis-je, elle glisse trop on dirait une savonnette. D’un coup de pied je l’envoie loin de l’eau. Alain arrive avec un morceau de journal et réussit à la prendre, elle remue comme un serpent. Il la laisse tomber dans le panier rond ou elle reste prisonnière. Nous courrons la montrer à grand-mère qui est très contente de notre pêche :

  • si vous en attrapez deux autres on les mangera ce soir en gibelotte.


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