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L’automne est là, aujourd’hui, plus de chaud soleil, plus de ciel bleu, une petite pluie fine est venue remplacer l’éclat de ces derniers jours. L’humidité est partout, pénétrante, froide, aucun moyen de se réchauffer sans s’asseoir dans la cheminée au ras des braises. Les arbres commencent à perdre leur parure au moindre souffle de vent. Les feuilles tombent doucement ou lourdement tant elles sont chargées de cette maudite pluie. Après la patte d’oie de la vigne, au pied du noyer, le chemin de droite va à La Rivaille. C’est un village de quatre maisons. Le chemin de gauche, lui, mène Chez Dieu. Ce n’est pas le village où habite le tout puissant, mais un modeste hameau de cinq ou six maisons, dont aucune ne ressemble au séjour du maître d’un royaume. La route monte un peu pour y aller, c’est peut être là, qu’il faut chercher l’explication d’un nom aussi surprenant, dans un coin aussi perdu. Entre ces deux chemins, il y a un bois de petites dimensions qui est principalement composé d’acacias et de quelques chênes. Deux ou trois châtaigniers bordent le chemin. Ce matin d’automne, grand-mère me lève de bonne heure pour aller chercher les champignons. Je ne suis encore jamais allé chercher les champignons. La seule fois où j’en ai vus, c’était dans le pré derrière la maison à la fin de l’été, un matin je l’avais trouvé couvert de rosés des prés. Ne sachant pas s’ils étaient comestibles, j’en avais cueilli un pour le montrer à grand-mère. Quand elle avait aperçu l’échantillon, elle s’était précipitée avec moi, ne croyant pas ce que je lui racontais. A midi, nous étions attablés devant une fricassée de champignons comme je n’en avais jamais vu. Les beaux champignons blancs au dessous rosé, étaient devenus noirs comme du charbon trempé dans de l’huile.
Effectivement, quel nouveau délice j’avais découvert ce jour là ! Aujourd’hui, c’est différent, il fait à peine jour, il fait froid et humide. Je ne comprends pas pourquoi il faut se lever si tôt. Grand-Mère me répond qu’il faut trouver les champignons avant les autres.
Nous sortons dans le froid de l’aube naissante. J’ai enfilé des bottes et le ciré du grand-père dont les manches trop longues ont été roulées. En remontant vers la vigne, à ces heures matinales, nous apercevons un couple de faisans au bord de la vigne des Sardins. Ils s’envolent à notre approche dans un fracas de battement d’aile et de croassements gutturaux. Apeurés par ce bruit, deux petits lapins de garenne coupent le chemin devant nous. Je suis émerveillé par toutes ces découvertes. C’est la première fois que je vois autant de gibier en si peu de temps. Grand-Mère m’explique, devant mon interrogation muette, que le matin de très bonne heure tous les animaux que nous avons vus ne sont dérangés par personne. C’est pourquoi ils en profitent pour batifoler tranquillement. Une légère brume s’étale au-dessus des champs autour de nous, elle n’est pas épaisse, les nappes se déplacent lentement en laissant quelques écharpes accrochées aux buissons. C’est assez féerique, j’ai l’impression de rêver. Je n’ai jamais vu de paysage aussi beau. Le rang de pommiers émerge de la brume, tous seuls au milieu de nulle part. Le sommet des piquets qui entourent le pré, s’arrangent en pas japonais et vous invitent à traverser cette mer impalpable, tel un funambule. Arrivés à l’orée du bois, nous nous munissons chacun d’un bâton.
Tu vas aller par-là, moi je vais aller de ce coté-ci, me dit-elle. Si tu trouves d’autres champignons que tu ne connais pas, appelle moi, le bois n’est pas grand, on ne peut pas se perdre. Chacun avec son panier en osier, nous voila partis à la cueillette des champignons. Je fais trois ou quatre pas vers l’endroit indiqué, sans me soucier de regarder où je mets les pieds. Au cinquième pas je m’aperçois, mais trop tard que je suis entrain d’écraser un bolet. Je le ramasse malgré sa triste figure et le mets dans mon panier en me jurant de faire attention. En me baissant, je me rends compte qu’il n’est pas tout seul, les taches marrons que je prenais tout à l’heure pour des feuilles, sont en fait des champignons qui n’attendent que d’être ramassés. Petit à petit, je m’enfonce dans le bois et je ne vois plus grand-mère. Soudain, au pied d’une souche, sous des fougères vert tendre je vois d’étranges champignons jaunes qui sont tout échancrés. Ils n’ont pas l’aspect de mousse veloutée du bolet, ni dessus, ni dessous. J’appelle grand-mère en criant assez fort. Je sursaute en entendant sa voix près de moi.
La cueillette est fructueuse, je remplis mon panier rapidement. Malgré le désagrément de l’humidité et du froid je commence à apprécier cette promenade très matinale. Pas un bruit dans le bois, le moindre froissement de feuille, le moindre battement d’aile s’entend à plusieurs dizaines de mètres. Les merles qui courent dans le sous bois avant de prendre leur envol, jacassent leur désaccord au perturbateur de leur cueillette des vers de terre imprudents. J’en aperçois un qui est entrain d’extraire un lombric tellement long qu’il n’arrive pas à le sortir de son trou. Il fait des efforts gigantesques, il se met sur la pointe de ses petites pattes, tire en allongeant le cou vers le haut, se reprend, recommence, enfin le ver cède, l’oiseau bascule en arrière, emporté par son effort. C’est la première fois que je vois un merle les deux pattes en l’air, tombé à la renverse, comme un papi après le repas des anciens combattants ! Cette vie au lever du jour ne ressemble pas à celle que je connais habituellement. Beaucoup d’animaux se cachent dans la journée. Ils ont peur. Mais le matin, ils se sentent libérés de cette peur et commettent des imprudences en sortant à découvert. Je comprends maintenant pourquoi les chasseurs se lèvent tôt. |