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Depuis quelques jours un événement important se prépare chez les Lavaud, les voisins du haut. Ils ont décidé de faire construire un garage dans leur jardin. Le père de Michel est chargé de cette mission. Le plan est vite élaboré sur le coin de la table de la cuisine par Miquète le maçon. Il aura un étage, ce sera une vraie construction qui nécessitera un échafaudage. Je n’ai encore jamais vu un échafaudage en fonction. Il y a bien tous les morceaux des échafaudages du maçon dans le parc, c’est un véritable bric à brac de tubes métalliques, de pieds, de sortes d’échelles, mais je ne vois pas bien comment tout ce méli-mélo va s’organiser pour faire un échafaudage. Je suis impatient et propose même à Miquète de l’aider, il sourit en me disant que la première chose à faire est très pénible et assez longue car il faut creuser les tranchées des fondations. Mais le maçon est d’accord si nous lui obéissons bien pour qu’il n’y ait pas d’accident sur le chantier. En plus de son ouvrier il a maintenant quatre apprentis. Les mesures sont prises, les repères sont plantés, les tranchées sont dessinées avec des cordeaux, l’emplacement de la terre est déterminé, chacun a une tâche précise à faire, les costaux roulent les brouettes, les autres manient la pelle ou la pioche. A la fin de la première journée, les tranchées des fondations sont creusées, le lendemain l’emplacement du garage est complètement décapé. Je le trouve un peu petit, comparé aux granges de grand-mère, mais c’est vrai qu’il va y avoir un étage. Le père de Michel arrive le troisième jour avec une bétonnière accrochée derrière le camion dont la benne est pleine de sable et de graviers. Il me sourit avec son doux regard un peu narquois et son mégot toujours planté au coin des lèvres. Il se demande comment un gamin de mon age peu s’intéresser à tout ce que les gens font. Michel, son fils, semble déjà tout connaître du métier de maçon et paraît moins intéressé, mais moi évidemment, je ne connais rien à rien et je pose sans arrêt des questions sur le pourquoi du comment de chaque chose, de chaque geste, de chaque action.
Il me regarde, tout en conduisant, avec ses gros sourcils roux et broussailleux, ses yeux bleu clair et ses joues dont la coupe rose révèle combien cet homme travaille toujours au grand air, par tous les temps été comme hiver. Ses larges mains, posées sur le volant, ont la peau rugueuse et toute craquelée, ses doigts montrent des crevasses noires, ses ongles sont cassées et encombrées de restes de ciment.
Effectivement près du village une usine de « préfabriqué » a été construite au bord de la nationale qui coupe la ville de Chasseneuil en deux.
Nous arrivons sur le chantier avec les sacs de ciment, j’essaye d’en prendre un, mais je ne réussis pas à le déplacer.
Ces propos ne me plaisent pas trop et je vais voir les tranchées qui sont ornées de ferraillages. Miquète me voyant perplexe m’indique :
Je me souviens de grand-mère qui avait voulu boucher un trou dans le mur de la cuisine avec du plâtre, elle n’avait pas eu le temps de remplir tout le trou, il était devenu très dur en cinq minute, la bassine dans laquelle elle l’avait préparé, était devenue inutilisable jusqu’à ce que par hasard trois jour après je l’avais démoulée d’un seul coup en jouant avec. Grand mère m’avait félicité, car elle n’y était pas arrivée. Le plâtre n’était pas assez sec sans doute. Nous avons coulé la semelle des fondations toute la journée, la bétonnière n’a pas cessé de fonctionner, enfin lorsque le dernier seau de mortier a été vidé, Michel a arrêté le moteur, un grand silence c’est abattu autour de nous. En quelques jours les murs ont été montés, jusqu’au niveau de l’étage.
La mise en place des pieds est assez longue car ils doivent être calés bien horizontal. Ensuite, le vrai mécano commence, on trie les différents morceaux en fonction de la forme de leur bout et de leur longueur. La mise en place de chaque élément demande parfois plusieurs essais, après un certain temps, j’ai compris comment fonctionne ce mécano géant et j’indique à Miquète qu’elle est la place de chaque morceau. Il me sourit, il n’a plus son air narquois, mais il est agréablement surpris de la facilité du montage quand on met les bons morceaux au bon endroit dès le départ.
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