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L’hiver est bientôt là, les grues passent tôt cette année. Elles descendent du Nord vers les contrées ensoleillées. Elles quittent les pays froids, elles se rendent en Afrique. Cette Afrique dont je rêve encore, là bas, pas de souci il ne fait jamais froid. Même pendant la saison humide le port du chandail est inutile. Je me souviens d’avoir croisé un indigène qui marchait sous la pluie, tout nu dans la rue, ses habits bien au sec roulés sous son bras. La vie semblait simple et agréable dans ces pays. Le matin, nous allions à l’école, l’après midi à la plage. Pourquoi fait-il toujours chaud en Afrique ? Pourquoi ici fait-il froid en hiver ? Pour l’instant j’ai du mal à comprendre l’astronomie qui gouverne la ronde des planètes autour de notre soleil. Mais j’espère bien qu’un jour proche je découvrirai les secrets de ce mystère. Tout en rêvant, j’observe les oiseaux qui passent. Leur vol est caractéristique. Une grue est en tête d’un grand V formé par les suivantes qui se protègent, à la queue leu leu les unes derrière les autres, légèrement décalées sur le coté. Les deux branches du V ondulent doucement dans l’azur. J’entends les grues qui discutent entre elles, leurs cris me parviennent distinctement, elles ne volent pas très hauts. Leur grand cou en avant et leurs pattes tendues en arrière, on dirait des araignées d’eau posées sur le fond du ciel. Elles doivent être aussi grosses que les hérons que je vois parfois près des étangs. Comment font-elles pour se diriger ? La première a la responsabilité de trouver le chemin. Elle file, droit devant elle, sans hésitation apparente. Elles suivent une ligne parfaitement droite. Ont-elles mémorisé toute la route à suivre ? Je reste fasciné et perplexe, la réponse me semble compliquée.
Je me souviens du grand poêle en fonte qui trône dans le cellier, il doit être horriblement lourd. Je prends la brouette dans la grange et fais un premier voyage avec la plaque que j’installe sur le plancher dans la chambre de grand-mère. Elle doit être suffisante pour protéger le parquet des risques d’incendie. C’est me semble-t-il une protection bien précaire. Même si le père de Michel, notre voisin, est pompier, je ne suis qu’à moitié rassuré. Je vérifierai souvent que le plancher ne roussisse pas autour. Ensuite, prenant mon courage à deux mains, j’entreprends le transport difficile du poêle. Je le place avec difficulté en travers de la brouette. Je me demande si elle va tenir le coup. Il pèse au moins cent kilos. La porte du cellier a deux battants qui, grand ouverts, me permettent de le sortir. Avec peine j’avance doucement, le brancard est branlant, après plusieurs poses j’arrive jusqu’à la maison sans casse. De la porte d’entrée jusqu’à l’emplacement, il n’y a qu’une dizaine de mètres, je fais glisser la masse de fonte sur des bouts de chiffon. Une fois à sa place, je monte les différents tuyaux qui relient le poêle au trou prévu derrière la cheminée. Enfin ça y est, le poêle est prêt à fonctionner. Je sors dehors pour secouer la suie qui s’est posée sur mes habits. J’ai des mains de charbonnier. Les tuyaux du poêle traversent la chambre que j’occupe, ils chauffent chichement la pièce. J’ouvre les cercles qui servent de couvercle et je trouve, prêts à être employés, des vieux journaux froissés déjà en place dans le foyer. Pour vérifier qu’il n’y a pas de fuite de fumée, je décide d’allumer ces vieux journaux. Je réclame les allumettes à grand-mère qui m’indique leur place habituelle sur le rebord de la cheminée dans la cuisine. Les journaux n’ont pas l’air humides, ils devraient brûler sans difficulté. Je craque une allumette et l’approche du foyer. Dans le silence permanent de cette paisible demeure j’entends un grand bruit de casserole.
Dans un éclair de lucidité elle se rappelle qu’elle a mis quelque chose dans le poêle pour le cacher. Les flammes n’ont pas encore attaqué la feuille du journal, je jette précipitamment l’allumette, inquiet de voir grand-mère sortir fébrilement les journaux. Avec précaution elle déroule le premier journal dans lequel apparaît à ma grande stupéfaction, une liasse de billets de cent francs.
Elle retourne dans ses casseroles en bougonnant :
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