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Depuis les moissons, les deux rangs de pommiers dans les champs de blés derrière la maison, sont enfin accessibles. J’aime aller contempler les petites pommes vertes qui grossissent un peu tous les jours. Certaines prennent assez rapidement des couleurs rouges, ou jaunes ou bien encore elles font des folies en se parant de toutes les couleurs à la fois. Malgré leur petitesse, des prédateurs sont déjà entrain de les attaquer. J’en fais la remarque à grand-mère qui me répond :
Elle sort du chai un ustensile étrange. Il a un gros corps aplati et arrondi. En guise de jambes, un tuyau d’un coté, de l’autre une barre métallique qui se termine par une sorte de poignée en bois. Il brille de milles feux.
J’écoute solennellement mais je piaffe pour voir comment cet engin fonctionne. Je remplis un seau d’eau dans lequel nous versons doucement une poudre bleuâtre. La soupe qui en résulte est vraiment peu appétissante. Je suis chargé de tourner la mixture pour éviter les grumeaux. Je comprends que si des grumeaux se forment dans la machine, ils boucheront le gicleur. Enfin nous remplissons le bidon du sulfateur avec le mélange que nous avons soigneusement préparé. A l’aide des deux bretelles grand-mère le charge sur son dos. Il est plein, il doit peser sur ses reins. Elle me répond :
Je vois le tableau pour sulfater tous les pommiers nous allons faire la navette plusieurs fois. Arrivée au rang de pommiers, grand-mère pompe quelques coups et ouvre le petit robinet. Une fine bruine bleutée sort en sifflant doucement, elle s’envole vers les feuilles du pommiers, guidée par les gestes larges de va-et-vient de grand-mère. Les gouttelettes bleues restent accrochées aux petites pommes. Les insectes qui avaient déjà conquis ce territoire, s’envolent en zigzaguant leur réprobation. L’odeur me prend à la gorge, grand-mère me dit de ne pas rester sous le vent, car le produit est toxique.
Sur ce, le sifflet s’est arrêté. Avec un seau nous sulfatons deux pommiers, j’ai vite compris que nous allons faire la navette vingt fois dans la journée, si nous finissons avant la nuit nous n’aurons pas chômé. Effectivement, nous terminons le chantier un peu avant sept heures, je le termine seul car grand-mère est allée préparer le repas que j’avale en cinq minutes car je suis exténué Je m’installe dans le fauteuil et j’écoute grand-mère qui continue son explication sur les insectes qui nous mangent tous nos fruits, nos châtaignes etc. et je m’endors bercé par les flammes et le doux ronron du monologue qui une fois de plus m’auront hypnotisé. Le lendemain, je regarde les pommiers d’une autre façon, ils ont triste mine avec les souillures bleues sur les fruits et les feuilles. « Il faut souffrir pour devenir beau leur dis-je, faites moi des bonnes pommes. » |