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Chaque année, les paysans font pousser des topinambours. Elles servent de nourriture aux bestiaux. Cette plante produit des tubercules brunes et toutes tordues. En surface, la plante monte haut vers le ciel, elle atteint presque deux mètres. Ses fleurs, en été, sont d’un jaune légèrement plus foncé que le citron mais moins que le bouton d’or, et, son feuillage est constitué de larges feuilles vert foncé râpeuses comme du papier de verre. Elles forment un épais feuillage où se cachent les lapins de garenne ou les perdreaux que nous dérangeons chaque fois que nous rentrons dans le champ. Elles laissent des traces rouges sur nos bras et nos jambes quand nous courrons à travers cette jungle ou nous ne voyons pas à un mètre. La bande d’en bas, doit attaquer la bande du haut. Je fais partie de la bande du haut, appelée ainsi car nous habitons sur le haut du hameau. Nous décidons de faire notre camp retranché dans le champ de topinambours. Ainsi, bien cachés, nous pensons être protégés de nos ennemis. Si nous ne sommes pas vus de nos adversaires, nous ne les voyons pas non plus. Nous décidons de mettre des guetteurs aux deux coins du champ, faisant face au village. Les guetteurs signalent l’arrivée de danger en imitant le cri du corbeau. Nous nous installons au milieu, nous cassons quelques grands topinambours pour dégager un enclos minuscule qui sera le camp. Pendant ce temps nous envoyons des messages aux guetteurs pour les entretenir de l’avancement des travaux et pour savoir ce qui ce passe à l’extérieur. A part une charrette que nous entendons passer sur le chemin au loin, il n’y à rien à signaler. Nous mettons au point des codes sophistiqués pour dialoguer à distance. Au bout d’une heure, nous sommes inquiets de ne pas avoir de nouvelles de nos ennemis. Aucune trace à l’horizon, la position stratégique du champ en haut d’une colline permet d’embrasser un large point vue sur le village et les chemins alentours. Les haies forment des paravents que les envahisseurs peuvent suivre sans se faire voir, mais nous faisons confiance à la perspicacité de nos guetteurs et à la maladresse de nos adversaires. De plus en observant les mouvements des animaux et des oiseaux, nous pouvons détecter les intrus. Mais personne ne se montre nul part, ils se sont volatilisés. Nos armes sont affûtées, des boules de terre glaise remontées du ruisseau, les arcs et les flèches ainsi que les épées sont fins prêts. Mais point d’ennemis, nous pensons que peut être une faille s’est introduite dans notre système de défense. Nous entendons une charrette de foin qui descend le chemin qui passe le long du champ de topinambours. Il me semblait que tous les foins des champs d’en haut étaient rentrés, et puis, en haut, à part le champ des Sardins il n’y à que les vignes, d’où vient donc cette charrette, pensai-je. Au moment ou je réalise que c’est peut être un piège, et, que je veux prévenir mes camarades, la bande d’en bas sort en hurlant du foin et se précipite sur nous. Nous avons été pris par surprise, mais nous nous ressaisissons vite et entamons une bataille mémorable. Les coups pleuvent, les boules de terre s’écrasent sur les faces, les flèches s’envolent, les topinambours sont ravagés sur tout le périmètre de la bataille. Après avoir épuisé toutes nos munitions nous demandons une trêve. Les chefs s’entendent pour décréter l’égalité entre les deux camps. Il faudra recommencer pour nous départager. Mais pour l’instant nous rigolons ensemble de la raclée qu’on s’est donné. Chacun ayant reçu et donné des coups un peu à l’aveuglette il n’y à que des blessures légères qui pourront être facilement dissimulées à la vue des parents. Donc, tout va bien, nous décidons tous ensemble d’aller nous laver et nous désaltérer au ruisseau. Dans le feu de la bataille nous n’avons pas ressenti la morsure des feuilles des topinnes, mais maintenant que la fièvre est retombée, la gratouille commence à faire des ravages. Nous laissons derrière nous le champ de topinambour à moitié dévasté. Personne ne s’inquiète de la réaction du propriétaire En chemin, nous discutons du stratagème employé par la bande du bas et les félicitons pour leur imagination. Il va falloir rentrer le cheval et la charrette de foin maintenant nous dit Raymond, ça risque de chauffer à la maison. Tout le monde est d’accord pour aider. Nous imaginons un stratagème pour éloigner la Louise de la maison si elle est rentrée du lavoir, le Paul, lui, est aujourd’hui à la foire, il rentrera tard. Je suis envoyé en éclaireur pour voir si quelqu’un est rentré chez les Villard. Si la Louise est là, j’ai affûté un bobard en lui disant que la Marie, ma grand-mère la demande de toute urgence. Mais, j’ai oublié le gros chien noir qui est gros comme un veau et aboie très fort chaque fois que je m’approche de la maison. Il me fait peur, je n’ose pas avancer. Il est pourtant attaché, je ne risque rien. Mais je reste là, figé. Mira continue, il aboie sans arrêt, que faire ? Je me dis que si la Louise était là, elle serait sortie pour voir, je lance finalement une pierre contre la porte, j’attends, personne ne se montre, nous sommes sauvés. Je retourne en courant vers la charrette qui approche, tout le monde est là, joyeux et riant quand j’annonce la nouvelle. Nous remettons rapidement le foin sur le ballet et le cheval dans son écurie. Mira, qui est maintenant détaché, reste avec nous et nous lèche à grand coup de langue quand nous nous approchons de lui. Ma peur a disparu et je m’approche aussi de lui. Il me regarde avec des yeux doux et un peu interrogateurs, c’était bien toi, le perturbateur de notre sieste tout à l’heure ?, disent-ils. Ce soir là, Grand-mère me regarde d’une drôle de manière, elle me demande où je me suis frotté, tu as les bras rouges comme des écrevisses ; Tu es tombé dans les orties ? Non, mémé lui répondis-je sans rien ajouter. Elle n’est pas dupe, elle se doute de quelque chose. Qu’est ce que je vais bien pouvoir inventer ? Elle a dû nous apercevoir quand nous sommes allés vers le champ de topinnes, car elle me dit : ce sont les topinambours qui t’ont griffé comme ça ? J’opine de la tête en me disant que ça n’avait pas d’importance. Pendant la nuit, la chose qui n’avait pas d’importance tout à l’heure se rappelle à mon bon souvenir, et pendant toute la nuit je ne cesse de me gratter. Au matin, les yeux rougis, je rentre dans la cuisine ou grand-mère m’attend avec le fermier. Je sens qu’il va y avoir explication. Qu’est ce que vous avez fait hier me demande-t-elle ? Rien, répondis-je, on a joué. Vous avez joué dans les topinnes et vous en avez beaucoup cassées. Juste les branches, dis-je. Ça sert à nourrir les vaches, les feuilles de topinnes, dit le fermier. Pour ta punition, tu aideras avec les autres à ramasser les foins pendant les trois jours qui viennent. Je m’attends à quelques gifles qui tardent à venir. Pour une fois me dis-je la punition n’est pas sévère. A peine le fermier est-il parti, qu’une baffe mémorable m’arrive en travers de la figure. Ça me démangeait depuis un moment, me dit ma grand-mère, j’ai attendu qu’il soit parti, mais tu mériterais une bonne raclée, vous avez de la chance que je ne vous aie pas vus hier, crois-moi, vous vous en souviendriez longtemps. Enfin l’orage est passé, une nouvelle journée ensoleillée commence. Même si on doit aller ramasser les foins, c’est plus une distraction pour moi, qu’un véritable labeur. |